Béla Bartók

Bartók a réussi ce tour de « farce » d’affirmer dans sa musique : « la tonalité, c’est un mode comme un autre » !
Il a créé une ouverture vers une steppe immense où l’imaginaire, la magie primitive, l’essence et la substance se rejoignent. Son langage se situe dans un multivers,  entre modes et tonalités, harmonisant les unes avec les autres, utilisant le chromatisme et l’enharmonie pour moduler son discours.  
La dissonance ne se résout plus, elle devient structure harmonique.


Szabadban Sz.81 – 1926


J’ai un souvenir très précis du jour où j’ai rencontré la musique de Bartók. J’en étais au tout début de mon apprentissage du violoncelle. Les vacances d’été approchaient et je voulais trouver une partition pas trop difficile pour combler l’absence de cours.

Me voilà donc dans une librairie de partitions, au rayon violoncelle, scrutant chaque couverture… et puis du rouge, une spirale blanche et les mots « 18 Duets for Two Cellos »… J’ouvre le livre, vérifiant que la plupart des duos ne dépassent pas trop mes maigres compétences.

De retour chez moi, je m’installe, pose la partition sur le pupitre.

Première page…

Szent Iván éj

une référence au solstice d’été,

à Saint Jean…

en écoute, la version originale pour 2 violons – Iva bittova et Dorothea Kellerova

Je suis incapable de décrire vraiment ce qui s’est produit à ce moment là… ce que je sais en revanche, c’est que ce recueil a ouvert un paysage que je parcours encore aujourd’hui.

L’oeuvre de Béla Bartók est tellement riche que ma vie ne suffira pas à la comprendre, mais une seconde a suffi pour que je la chérisse, comme un trésor, résonnante comme un secret, chuchoté à l’oreille.