szabadban Sz.81 – 1926

Le caractère neutre de la sonorité du piano a depuis longtemps été reconnu. En revanche, il me semble que, du fait de la tendance actuelle à le mettre à contribution comme instrument à percussion, on commence seulement à mettre en valeur comme il se doit le caractère qui lui appartient en propre.
Il est vrai que le piano joue aussi toujours le rôle d’instrument universel. Et le récital n’a rien perdu de son importance.
Béla Bartók (1927)

Paru dans Musikblätter des Anbruch, IX/8-9, octobre-novembre 1927, Vienne


Le fil conducteur (la percussion dans la musique pour piano)

Dans les 10 pièces pour piano Sz.39, composées en 1908, Bartók pose les bases de cette idée de musique percussive au piano avec la Danse de l’ours

L’Allegro Barbaro Sz.45 est composé en 1911, la suite Op.14 Sz.62 en 1916

La Sonate pour piano Sz.80 (ici interprétée par Jenő Jandó) est composée en 1926, la même année que Szabadban… on retrouve une fraternité entre les deux œuvres…  peut-être ont-elle été composées ensemble, pas dans l’écriture réelle, mais dans l’esprit de Bartók …

Cet idéal de percussion atteint une forme d’apogée dans la Sonate pour deux pianos et percussions Sz.110 écrite en 1937. Cette sonate fera (certainement) l’objet d’un article ultérieur.

Présentation de l’oeuvre

Bartók a créé les premier, quatrième, et cinquième mouvements à la radio hongroise le 8 décembre 1926, et a joué la quatrième partie séparément à de nombreuses reprises. 

Il se réfère à l’ensemble dans une lettre à son éditeur comme étant « cinq pièces assez difficiles pour piano » et non pas comme une suite.

En écoute, version par Zoltán Kocsis


La suite En plein air, moins fracassante, moins virtuose, respirant mieux que la Sonate [sz80], fait appel à des forces élémentaires, fantastiques si l’on veut, mais pas éruptives.

C’est l’un des sommets de la musique de piano de Bartók. D’une curieuse construction – les quatre premiers mouvements de plus en plus apaisés, comme s’enfonçant au cœur de l’ombre, et le dernier brusquement fébrile -, cette suite révèle en Bartók une des oreilles les plus sensibles de son temps, avec celle de Ravel, aux bruits de la nature.

Promenade partie de l’homme, semblant l’oublier progressivement dans monde plus désert, et se terminant en poursuite déchaînée. 

Pierre Citron, Bartók , 1963. P.123,124.

Les cinq pièces

  1. Síppal, dobbal
  2. Barcarolla
  3. Musettes
  4. Az éjszaka zenéje
  5. Hajsza  

Barbara Nissman éclaire la forme en arche au travers des tonalités-modes successives : EGAGE (Mi Sol La Sol Mi). Elle montre comment les modulations et les terminaisons de chaque pièce l’amène à la suivante. Pour une analyse détaillée (version en anglais sur Wiki, traduction à afficher si souhaité)

(note personnelle : analyse à compléter)

Sippal, dobbal 

Le premier mouvement de l’œuvre fait référence à un chant populaire hongrois Gólya, gólya gilice…

Le compositeur lui a donné le nom de Síppal, dobbal (Sifflets, tambours)

Károly Viski cite cette chanson en référence à l’origine chamanique du texte : 

Si nous nous souvenons que les Hongrois, comme beaucoup d’autres peuples, étaient adeptes du chamanisme dans une certaine période de leur histoire ancienne, ces réminiscences peuvent être facilement comprises. 
Mais le chaman, le prêtre du chamanisme païen, n’est pas seulement un diseur de bonne aventure […], il est aussi médecin et magicien. Il éloigne les maladies, ne les guérit pas avec des médicaments,mais avec des sorts magiques et des chants.

Il agit dans ce qui est caché, ce qui signifie la transe,entre autres choses. Il se prépare en dansant, en chantant au son de tambours cérémoniels […]

à suivre…


Sources : 

Wikipedia (eng)
Partition

Bartok, Pierre Citron, 1961
Belá Bartók compositeur hongrois, Jean Gergely (La revue musicale, 1980)
Belá Bartók Écrits, Philippe Albèra et Peter Sendy (Editions Contrechamps 2006)